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French 11
La gloire de mon pere

Adapted from La gloire de mon père, Marcel Pagnol (1988).

Marcel, un jeune garçon va passer tout l'été avec sa famille, dans les collines près d'Aubagne. Il y decouvre les merveilles de la nature provençale et refuse l'idée de retourner à la ville, et surtout à l'école. Il décide alors de fuir dans les collines pour devenir hermite. Mais ses aspirations sont contrariées par un condor qui parait menaçant Marcel doute alors de son courage et de sa motivation! Le livre nous fait part de la magie du monde de l'enfance, de l'imagination qui transporte Marcel, et nous lecteurs, dans de véritables aventures.

Ce ravin était hérissé de broussailles, mais le cade et le romarin y dominaient. Ces plantes paraissaient beaucoup plus vieilles que celles que j'avais vues jusqu'ici; je pus admirer un cade si large et si haut qu'il avait l'air d'une petite chapelle gothique. Peu de vie dans ce desert: une cigale et trois ou quatre petites mouches qui me suivirent, infatiguables en bourdonnant.

Soudain, une ombre passa sur le taillis. Je levai la tête, et je vis le condor. Il était descendu du zenith, et il planait majestueusement. Je pensais qu'il était venu par curiosité pure, pour jeter un coup d'oeil sur l'intrus qui osait pénétrer son royaume. Mais je le vis prendre un large virage en passant derrière moi et revenir sur ma droite: je constatai alors avec terrueur qu'il décrivait un cercle dont j'étais le centre, et que ce cercle descendait peu à peu vers moi!

Alors je pensais à la légende du vautour affamé qui suivit un jour, à travers la savane, le Chercheur de Pistes bléssé, et sur le point de mourir de soif. Je saisis alors mon couteau. Il me sembla que le cercle de la mort cessait de descendre. Puis, pour montrer à la bête féroce que je n'étais pas à bout de forces, j'exécutai une danse sauvage, terminée par de grands éclats de rires sarcastiques. Mais cet arracheur de lambeaux sanglants n'en parut pas intimidé, et reprit sa descente fatale.

Je cherchai des yeux un refuge et ô bonheur! A vingt mètres sur ma droite, un ogive s'ouvrait dans la paroi rocheuse. Je me dirigeai vers l'abri de la dernière chance, mais hélas trop tard, car l'oiseau venait de s'immobiliser. Soudain il plongea à grande vitesse. Fou de peur, et mes yeux cachés derrière mon bras, je me lançai à plat ventre sous un gros rocher. Au même instant retentit un bruit terrible: une compagnie de perdrix s'envolait, épouvantée, et je vis remonter le condor. J'allai me réfugier dans labri pour essayer d'y retrouver mon calme. J'examinai alors la situation, et je compris que le vautour n'avait jamais eu l'intention de m'attaquer, mais qu'il suivait simplement les perdrix. Cette théorie me rassura sur la suite des évènements: le vautour ne reviendrait plus.

L'état de mes mollets était cependant inquiétant: un grand nombre d'épines y étaient encore plantées. Patiemment, je les arrachi l'une après l'autre. Puis j'allai cueillir quelques plantes: chacun sait que les plantes des collines cicatrisent rapidement les plaies Je dus sans doute me tromper de plantes, car je ressentis de si vives brûlures que je me mis à danser, en poussant des cris de douleur.

Par la suite, je tentai de monter sur le plateau et y arrivait enfin à grande peine. Il était immense et pauvrement boisé. Je regardais l'horizon: j'étais entouré de collines, cernées elles-mêmes par un cercle de montagnes que je ne connaissais pas. La situation était grave!